§13 Vendredi 7 novembre 2014, matin

Veiquí la virada dau limerò 13 :

§13 – ‘Vendres 7, lu mandin

§13 Vendredi 7 novembre 2014, matin

Aller saluer, autour d’un café, les deux gendarmes à l’accueil était une routine matinale depuis 3 mois maintenant, l’occasion de prendre le pouls de la cité avec le mauvais filtre des racontars de la nuit.

— Capitaine, l’adjudant Delorme a demandé au téléphone que vous alliez le chercher chez lui.

— Encore sa voiture. Nous l’avons bien pourtant retrouvée.

— Non, même si de ça, il ne faut pas lui en parler, ni à lui, ni à sa femme. Cette fois, c’est pour des tissus.

— Des tissus ?

— Oui, des habits retrouvés dans une poubelle, chez lui, à St Brice.

— À St Brice, il en a de bonne lui. Bon, je vais demander à Séverine de venir faire la chiffonnière avec moi.

— Il revient dans combien de temps votre permis.

— En cadeau, à la Noël !

— La prochaine fois.

— Brigadier, le téléphone ne demande qu’a vous écouter.

Des habits trouvés dans une poubelle, à la gare de St Brice, qu’est-ce-que c’était encore que cette histoire. Delorme était un bon gars, mais il ne fallait pas lui en demander trop, enfin, pas deux choses à la fois, autrement il mélangeait vite les affaires comme si un complot était établi pour dépêcher sa propre fin, puis celle des siens, du Limousin, de l’Europe, de l’humanité toute entière sur la Terre.

C’est ainsi que pour le soi-disant vol de la voiture de sa femme, des gens du voyage avaient été accusés, bien à tort ; il se trouve que madame avait oublié être rentré avec sa fille, la voiture stationnée sur le champ de foire de St Junien.

Autant aller voir cette histoire de chiffon, cela oxygénera le cerveau après la séance d’hier.

Le trajet cette fois-ci fut très rapide, et moins d’un quart d’heure, voici la petite voiture bleue devant la gare, ou plutôt, comme il est dit dans les lieux autorisés, le point ferroviaire de St Brice.

— Qui a-t-il adjudant ?

— Des habits. Je les ai vus au moment de sortir de la gare. J’ai amené mon garçon ce matin prendre le train de 6h54, pour Limoges. Il va rejoindre des copains à Paris, puis ils vont faire la fête à Berlin, pour les 25 ans de la chute du mur. Enfin, je m’apprêtais à jeter un papier que j’ai vu comme des cheveux sortir de la poubelle, des cheveux blonds qui dépassaient d’une poche plastique. Et au pied de la poubelle, d’un coup, j’ai découvert des chaussures que les feux de ma voiture faisaient luir dans la nuit. Avec la pluie de la nuit, les chaussures ont peut-être dégringolé du sac. Puis je vous ai téléphoné, sans réussir à vous avoir car jamais vous ne décrochez.

— Vous avez mal entré mon numéro. Vous avez regardé un peu les alentours.

— J’ai fait un premier tri, grossièrement sans trop toucher…

— Et des gants, vous en auriez trouvé ?

— Capitaine, je les avais aux mains !

— Je voulais savoir si vous en aviez trouvé dans les déchets. L’inspectrice de La Rochelle m’a parlé de gants hier, c’était pour ça.

— Maintenant que le jour va être levé, nous allons peut-être les trouver, sauf si un chien est passé avant nous. Je demande une équipe de renfort, pour fouiller les environs immédiats. En les attendant, je vous ai préparé un mémo sur les horaires des trains qui passent à St Brice.

— Ha non, plus d’horaires, je n’en peux plus des trains qui passent les jours pairs, sauf si c’est pleine lune ou encore le jour du changement d’heure.

— Pour St Brice, c’est très simple, les samedi c’est un seul dans un sens, un sel dans l’autre sens, et le premier, pas un train ne passait, enfin, il passait mais ne s’arrêtait pas comme dans le sketch des deux comiques.

— Prenez donc des photos de la robe et des chaussures pour les faire identifier par l’inspectrice de La Rochelle. Elle va nous dire si ce sont les mêmes que sur la vidéo de l’hôtel.

— Elle va rester à St Junien la chinoise, je l’aime bien comme femme.

— Vous pouvez peut-être dire « l’inspectrice », ou l’appeler par son prénom, non ?

— Pardonnez-moi ! Et ils sont où les deux inspecteurs.

— Ils désiraient interroger la fille des Fontanilhas, en pure perte à mon avis, mais, sait-on jamais. Ils repartiront en fin de matinée ou dans l’après-midi. Angoulême n’est pas non plus à 500 kilomètres. Dites-moi Séverine, c’est facile de marcher avec des souliers comme ceux-ci ?

— Je ne marche jamais avec des talons, surtout aussi hauts. Je ne suis pas une bourgeoise comme madame Fontanilhas. Et puis mon copain semblerait encore plus petit à mes côtés, déjà qu’il n’est pas grand.

— C’est de jouer au basket qui vous a fait grandir comme une asperge, ajouta Delorme.

— Ça ne marche pas dans ce sens. Non pas dire des conneries donnez-moi votre mètre Delorme. 15 cm de talon, c’est peut-être pratique pour une parisienne dans Pigalle, pas pour une limousine, même pour éviter les bouses.

— Séverine, toutes les parisiennes…

— Oubliez ça adjudant, elles sont pour homme. Elles chaussent grand, ce n’est pas marqué mais c’est au moins du 42.

Les 3 gendarmes observèrent les vêtements posés au sol. Pensifs. L’équipe supplémentaire fut très vite arrivée et tout fut organisé pour retrouver ou des habits, ou des objets, ou toutes choses qui sembleraient importantes.

Une heure plus tard, un premier point fut fait sur les trouvailles : des prospectus jetés là, des déchets, des bouteilles, pour l’équipe qui avait inspecté les voies ; rien d’extraordinaire pour l’équipe qui avait la charge de la route qui passe devant la gare.

L’adjudant, lui, avait décidé de fouiller les alentours de la gare en elle-même. Le bâtiment était fermé, mais il prit grand soin à suivre le passage habituel des usagers, du parc de stationnement au quai.

D’un coup, ce fut lui qui s’écria dans le petit matin « ici, un billet, un billet, ici. Un billet de train, un billet à la date du premier, le jour où pas un train de passe. Regardez ! Regardez, il semble neuf, même une semaine après.

— Il était un peu protégé ici votre billet adjudant. Avança un gendarme.

— Oblitéré, enfin je veux dire, composté à Angoulême, à 5h21 du matin. C’est un billet.

— Nous avons son jumeau à la caserne. C’est du très très travail que vous avez fait là Delorme, dit le capitaine. Je vais demander aux autres de rentrer. Sauf si quelqu’un désire faire d’autres fouilles. Mais pour rien, le trésor, c’est vous qui l’avait trouvé, par deux fois, avec les vêtements, puis ce billet. Encore bravo adjudant.

~ ~ ~

Séverine était là pour aider Sonia à décharger les affaires du coffre de la voiture. C’était celle de son copain et il l’avait prêtée pour la matinée contre bons soins et à re-déposer sur le parking des logements de fonction de la gendarmerie.

— Tu lui diras merci !

— Tu lui diras toi-même quand tu le verras. T’inquiètes. C’est quoi la musique dans la voiture ?

— J’ai mis une clef USB avec un album de La Mal Coiffée, j’te prêterai le cédé si tu veux. Tiens, ces bouteilles-ci, elles sont pour toi et ton copain, ce carton-là, pour l’équipe de choc.

— Merci, « mon chéri d’amour » va être content.

— « Mon chéri d’amour »… on croit rêver, personne ne parle plus comme cela, sauf les petits vieux.

— À ça, toi, tu penses être un modèle pour la jeunesse, avec ta vie de bohème. De toute façon, tu es une anarchiste.

— Ils vont être heureux mes copains anarchistes, ceux qui le sont réellement, pour eux je suis plus proche de la bourgeoise que de la révolutionnaire. [ /!\ De botar dins la versi’ occitana ] Aide-moi à descendre mon Brompton©.

— Tu l’as vite adopté ce vélo pliant.

— C’est pratique, même dans Limoges. J’ai garé la voiture au parking de la gare, j’ai déplié Lèon, et zou ! Direction le centre-ville. J’te le prêterai si tu veux. [ /!\ ] Tu as des nouvelles de l’interrogatoire mené par Sylvaine et Alain.

— On a mieux ici ! Merci Delorme.

— Le complotiste ?

— Celui qui n’est pas toujours tout seul dans sa tête. Viens voir.

La gendarmette fit signe à la journaliste de la suivre dans la salle où les trouvailles du matin étaient dispersées, où ça causait chiffon, perruque et chaussures.

— Vous préparez Mardi-gras un peu tôt cette année, à peine Halloween passé, et sans avoir vu la Noël.

— Le Noël, il faut dire « le » !

— Vous êtes allé voir sous sa queue pour savoir ?

— Laissez Sylvaine, ce sont les gonades des rennes qui inspirent notre staracadémicien. Je vous raconterai plus tard.

— Tu ne vas pas racont…

— Je ne parlais d’hier au soir… Plus sérieusement, maintenant que tu sais lire, te voici le dernier livre d’Amélie Nothomb. Comme tu me l’avais demandé, elle te l’a dédicacé.

— Merci, comment était l’entretien ?

— Sans vouloir penser à mal, mieux que son livre. Ce personnage, Amélie Nothomb écrivaine, est fascinant…

— Tu vas finir par prendre pension ici, toi ! Méfie-toi, la cantine n’est pas super extra, c’est la même que pour la maison de retraire. Alors Alain, Sylvaine, l’interrogatoire de ce matin, il a donné quoi ?

— C’est la fille de sa mère. Mais à un point tel, que… je m’énerve rien que d’y penser. Visiblement, vous, la gendarmerie, n’avez pas perdu votre matinée.

— Grace à Delorme qui a l’œil pour l’insolite, et les brillants de la nuit. Ce sont ceux de ces chaussures qui brillaient dans la nuit. Elles semblent une grande taille pour une femme selon Sèverine, de plus, elles ont été peu portées, et le talon de l’une d’elle est brisée. Ceci explique peut-être celà.

— 42, de les voir taillée ainsi, même moi qui fais du 37, il me semble pouvoir les mettre et marcher avec une fois ficelées. Je ne marcherai peut-être pas d’une façon élégante, mais assez à l’aise, cependant, je ne taperai pas un 100m avec.

— Je pense que vous connaissez, ou plutôt reconnaissez, la robe et le manteau. La perruque semble d’assez bonne qualité, je veux dire d’une meilleure qualité que ce qui se trouve dans les magasins de farces et attrape, là où vont les gens pour se déguiser le temps d’un soir. Cependant la clef de voûte des trouvailles est le billet de train qui corrobore l’hypothèse que les chiffons sont ceux de « votre » blonde…

— Excusez-moi, coupa Sylvaine, ce billet est la preuve que tout ceci a été fait dans la plus grande improvisation…

— Vous vous avancez un peu, non ?

— Non ! Je crois que sur les 2 personnes descendues dans la cité gantière, l’une avait bue, énormément, mais l’autre, peu. Peut-être était-ce pour oublier la morte, peut-être ces personnes ont été spectatrices du théâtre du meurtre. Elles ont bu pour oublier, pour se calmer. Elles, ou il et elle, ont désiré fuir La Rochelle en passant par Angoulême prendre quelques affaires. Manque de pot, la voiture tombe en panne, probablement cette histoire de branchements défectueux. Donc, la décision est prise, dans l’urgence, de prendre le train, mais voilà, Maëlina commence à être bourrée et elle appui au hasard sur l’écran de l’automate, Saint Junien est sélectionné. La seconde personne trouve l’idée plaisante de jouer à « Telma & Louise » dans cette partie-ci de la Charente Limousine. Une petite ville pour un nouveau départ… ou pour mieux se cacher. Mais en chemin il se passe quelque chose et « la blonde », ou la personne travestie en « blonde », voit s’écrouler son projet.

Je suis passé à la gare rencontrer les cheminots, ce matin, avant d’aller chez les Fontanilhas. À 9h05 ce matin, c’était la même équipe que le 1er novembre. Ils ne furent pas avares en paroles sur la comédie faite par les 2 personnes.

Entre les voyageurs qui ont été embrassés, la brune qui a vomi avant d’arriver aux toilettes, la même qui montrait ses fesses à une femme qui passait dans la voiture. Si le contrôleur n’était pas intervenu, il est à croire que le train ne passait pas un certain samedi soir sur Canal+. La jeune femme criait, pleurait et son amie lui donnait à boire en la consolant. La blonde, plus calme, a promis de surveiller son amie. Mais à Saint Junien, c’est reparti pour un tour. La brune tombe du train et s’affale sur le quai une première fois. La blonde essaye de la relever en vain, c’est le chef de gare qui réussira pour la porter jusque dans la petite salle d’attente. La suite, vous la connaissez mieux que nous.

Voici pourquoi je pense que un billet Angoulême – St-Junien est une improvisation. Un moyen de nous perdre aurait été de prendre un Angoulême – Limoges et de descendre au milieu. C’est ainsi que font ceux qui ne veulent pas composter. Ils achètent plusieurs billets pour plusieurs destinations et en cas de contrôle, ils donnent un ancien billet, ou un mauvais, en espérant profiter de la confusion ou de l’énervement pour passer sous l’amende. Enfin, ceci ne me dit pas comment ce billet à atterri, où cela déjà…

— À Saint Brice

— Oui, c’est cela, St-Brice. Je ne sais pas comment le billet est arrivé là-bas, mais la personne déguisée de la perruque ne doit pas être en terre inconnue, elle. St-Brice, pourquoi cette ville ? Je ne crois pas qu’il y ait un complice, ou une, à chercher dans les alentours. Les recherches pour retrouver la personne blonde ont été étendues ? Par avis ?

— Dès que l’adjudant nous a prévenu ce matin, précisa Séverine, le périmètre des recherches a été agrandi au département.

— Nous ne sommes pas loin d’avoir toutes les pièces du puzzle, fit remarquer Piarron. Je propose que nous allions manger un peu.

— Et attendez un peu. Comme tout le monde sait qu’il n’y a pas d’alcool dans la gendarmerie, j’ai voulu vous amener de la limonade, la même que celle qui se trouvait dans les affaires de la défunte, celle dont nous a parlé Séverine hier, le ramune.

— La jeunesse de ce pays est fichu avec toutes ces japonaiseries.

— Écoutez-moi ce vieil écouvillon. Dans 5 ans il pose son cul sur un pliant sur le port de la Rochelle et il passera le temps à regretter le temps d’avant.

— Je déconnais…

— Je n’en suis pas certaine. Enfin, voici pour vous chacun une bouteille. Pour ouvrir il faut enlever la capsule et appuyer sur la bille de verre. Faites attention à ne pas en mettre partout. Et hop, pour boire, il faut faire attention à tenir la bouteille dans le bon sens, la bille entre les marques.

— Gamine, vient là que je t’embrasse. Tu es la gamine la plus extraordinaire que je connaisse.

— Mais enfin Sylvaine, ça va, c’est de la limonade, rien de plus, avec un arôme artificiel.

— Ho que non, ajouta Alain. Tu viens de nous donner une bille, une bille, trop grosse pour être une perle dans une huître, trop petite pour être l’œuf d’une mouette, comme le disait le médecin à la Rochelle. Le capuchon était celui de la bouteille de ce truc, comment cela s’appelle Séverine ?

— Du ramune.

— Redis-le avec le « r » roulé et l’accent comme tu as fait hier.

— Ramune

— C’est une belle langue que le japonais. Le labo avait trouvé des traces de limonade, mais sans en expliquer la provenance. C’est fait. C’est ce truc que monsieur Labecqua s’est servi le soir où nous sommes allés lui annoncer le décès de son épouse. Mais l’habillage était noir mat, ce qui rendait la bille invisible.

— Et personne au labo ne s’est avisé du filetage inversé, demanda Piarron qui était en train de démonter sa bouteille, le capuchon dans une main, le joint et la bille dans l’autre. C’est vraiment un mécanisme pas couillon. La pression maintient la fermeture par la bille et le joint, une fois ouverte, il faut simplement tenir la bouteille correctement. C’est moins pratique que nos chopines à clapet, mais c’est ingénieux, il n’y a pas à dire. Et c’est une bille comme celle-ci qui a étouffé votre morte, madame Labecqua ?

— C’était peut-être un accident finalement ? Dit Sylvaine pensive. Cependant, monsieur Labecqua va devoir nous donner le nom de son fournisseur de limonade, nous dire si c’est consigné ce truc et surtout, comment une bille a pu se retrouver dans la gorge de sa femme ! Et, comment une bouteille de ce ramune, peut se retrouver dans le cabas d’une voyante à Saint Junien, une voyante morte entre-temps. Enfin, pour ce midi, Sonia, tu es mon invitée. Pas de chichi entre nous.

— Je veux bien Sylvaine, mais je ne joue pas à « Telma & Louise » avec toi, ni dans la campagne, ni dans une voiture de police. Allez, après manger, je vous raconte ma vie de nano’crivaine.

— Ta vie de quoi ?

— Après manger !