De que legir

Qu’eria per alhors, mas perque pas iò publiar aquí :

Neil Postman suggérait que ce pourrait bien être Aldous Huxley, qui redoutait qu’on n’ait plus envie de lire des livres, qui aurait finalement raison contre George Orwell, qui craignait qu’on les bannisse. Annihiler cette envie de lire, voilà ce qu’accomplirait désormais le divertissement médiatique, anesthésique d’un genre différent de celui de Pascal, notamment par sa portée politique. Ce divertissement est un cocktail abrutissant qui laisse bien peu de chance à la culture générale, à sa diffusion et à son appréciation mais qui, en revanche, met les spectateurs, lecteurs ou auditeurs, à la merci des annonceurs.

Patrick Le Lay, grand patron de tf1, levait le voile sur cet aspect des choses en déclarant : « Il y a beaucoup de façon de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réalistes : à la base, le métier de tf1, c’est d’aider coca-cola, par exemple, à vendre son produit […]. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à coca-cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Cette longue citation est tirée du livre de Normand Baillargeon « Liliane est au Lycée – Est-il indispensable d’être cultivé ». Cet ouvrage développe un ensemble de réflexion sur la culture générale.

La culture générale possède la même qualité que le sel en cuisine, celle d’une saveur dans la vie. Et rien de mieux pour comprendre le mode de vie actuel que la lecture. Pour relever votre été l’automne, voici une petite sélection de quelques lectures dont le sujet n’est pas la décroissance, enfin pas directement ; ceux et celles qui cherchent des « têtes d’affiches » pour penser la décroissance iront faire un tour dans le journal éponyme, numéro double été 2014, n° 111, 4€50 chez votre marchand de journaux.

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Aldous Huxley « le meilleur des mondes » (traduit de l’anglais par Jules Castier).

L’action se passe dans une société mondialisée, société avec une structure très hiérarchisée dans laquelle l’eugénisme est la règle à l’intérieur des fabriques de nourrissons, dans laquelle les êtres sont conditionnés pour effectuer des tâches précises, une société où le bonheur obligatoire est la règle. L’humain, le « sauvage » est parqué dans des réserves.

Un jour, une expédition en « sauvagie » ne se déroule pas comme prévue…

C’était un futur possible, nous y sommes, de plain-pied.

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Alex Garland « la plage » (traduit de l’anglais par Jeanne Rovet & Marianne Brun-Rovet).

Richard cherche un dérivatif à son existence. À force d’îles désertes et d’endroits vierges des marques de la civilisation occidentale, au fil d’une course aux sensations extrêmes, le routard entend parler de « sa » définition du paradis : une plage où l’on peut vivre de riz, de poisson et de marijuana.

Il finit par trouver cette île, véritable paradis, occupée par quelques occidentaux et gérée d’une façon « autogestionnaire », loin de tout, loin des contraintes ; le paradis va vite virer à l’enfer autoritaire par la seule irruption du « réel ».

Le livre duquel a été tiré le film. C’est une très belle métaphore pour les bâtisseurs de « château en Espagne », avec des gouffres immenses pour se protéger des maux civilisationnels.

Le second intérêt du livre est sa critique, légère, du touriste et du tourisme, qui passe très rapidement de routard à charter, entraînant perte d’identité et d’authenticité des « spots » à la mode.

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Katarina Mazetti « mon doudou divin » (traduit du suédois par Lena Grumbach & Catherine Marcu).

Wera, pigiste aussi fatiguée que son compte en banque trouve une annonce pour un stage de spiritualité. Ce stage ne propose rien moins que de forger son dieu, à soi, à son image.

Voici le récit de quinze jours de « spiritualitude » comme dirait l’autre, dans une communauté dirigée par un gourou un peu mou et sa femme cripto-féministe-intégriste, une communauté où elle se retrouve avec une demi-douzaine de personnes qui n’ont pas plus l’air illuminés qu’elle ne l’est.

Ce livre offre quelques armes pour faire face aux gourous dépressifs en tout genre qui voudraient vous faire prendre la moindre étincelle de temps présent pour la lumière, face aux alcooliques qui ont trouvé la lumière dans le fond d’une bouteille de « zenitude », face aux charlatans qui prêchent la pauvreté mais eux illuminent leur garage avec 20 Rolls-Royce, face à ceux qui vous vendent la méditation comme un forfait téléphonique*.

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Pierre Lamalattie « précipitation en milieu acide »

« Si, dans cinq cents ans, des archéologues voulaient savoir ce qui s’est passé au XXe siècle en se limitant à la peinture moderne, ils ne trouveraient quasiment aucune trace des guerres, ni des totalitarismes.»

Voici une citation tirée du dernier livre de Pierre Lamalattie, citation qui n’a guère de lien avec le sujet du livre, celui de la crise de la quarantaine et du vide sidérale de la vie d’un consultant partagée avec celle d’une tenante du « coaching », tant « managérial » que « coucouplénal ».

Ce livre n’est pas du tout décroissant, autant le dire tout de suite. Cependant c’est une très bonne analyse des attentes, des désirs d’une frange de la classe bourgeoise urbaine qui se présente, et est présentée, comme quasi seul modèle ; malgré les conflits, les contradictions et les impasses, c’est en homme moderne que le héros parviendra à la beauté d’être.

De toute la liste, c’est probablement le mieux écrit, dans une très belle langue.

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* Ces quatre exemples d’escroqueries au « bien-être » sont réels, j’ai les noms.

D’aicianta ‘quí, tot vai be !

Un libre recuelh de 12 novelas, un libre que deve pas ne’n dire dau mau perque l’animatritz que fai l’obrador d’escritura, escriguet dedins.

Chò !

Bon, vau pas dire dau mau de sa, de la soá novela, mas las autras, paubres que paubras, las autras… per mon arma, las autras me plagueten tot parrier.

– la prumiera, es pas la tematica principala, conta las relaci’s sessualas d’una carta bancarí mai lu distributor,

– la seconda una psicanalisa tras los chens e lu sexe. ‘Tenci’, p’uns limauds es abusat, es lu tipe dau chen que determina lu tipe d’analisa,

– una istòria un pauc negra sus lu meschaënt uelh que visa un borreu mai son filh qu’es apres tornar prener l’afar,

Passe sus lu conte dau minja-champanhous qu’a paur daus tessus sintetics, de la tipessa qu’una aranha entret dins sa veitura, dau tipe qu’es per intrar dins lu tuneu de lutz, la mair qu’aime màs lu bruch dau silencí…

Passe perque las fòbias daus uns, daus autres, perque las fòbias quò vai, mas quante visem la novela escricha per Monsur X, ente vem n’autres.

Resta la novela que pudís un pauc, una sus lu onze de novembre, mas es pas dich còp-sec. A la desbuta, i pensí ‘laidonc, ‘guí a la fin per legir la darniera linha, per veire. Iò sabe que quò se fai pas, mas dins un libre consacrat a la paur, ai be lu drech de pas voler aver paur, non ?
I anguí, mas coma sei un pauc colha, legissí mas lu darnier paragrafe, pas l’avant darnier, e aquò fuguet l’enchaison d’instaurar ‘na regla nova quante la legida es lordesca : « marcha legir los 2 darniers paragrafes ».
Perque sens saber ‘quela regla, apres ‘ver legir la fin, m’entorní a la desbuta, assuausat… assuasat ‘na marda. I a per lu tipe que quò es fòrça be escrich.

Resta la novela que me plaguet lu mai. Es pas tant per ‘quò que ‘la conta, pas per lu stile*, nos, es dins l’architectura dau conte. Es de dire que i a 3 linhas de bana coma 20 nòtas que tornan prener chascuns daus mòts, 50 linhas de nòtas per desmontar, esbolhats, esbocinats los articices tradicionaus dins las novelas per nos far paur. Un plaser.

E per ne’n ‘chabar, la novela de l’animatriça. Sabetz que ‘la ven de la campanha dau Peiregòrd, quitament dau Lemosin, qu’adonc, aguetem qua’iment la mesma fòrma de jounessa. Lu vitron** de l’escrivana me renvoiet l’eimatge de quauquas scenas. Quò que ‘la conta m’assegura de ‘nar jamai a las rencontras daus ancians, quau que siàia l’escola. Es mens dròle que passat au molin d’un Lamalattie, mas, es queraque ben observats.

L’eimatge es tirat dau site de l’esditor (>fr)

Un pitit mòt sus lu libre « per se mesma » , eu es be realisat, cuberta dura, papier de qualitat. Un pauc ne’n retrach per comparason ad un de chas Melhau, mas, agradiu.

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* jamai aürós ‘queu-quí.
** lu « miralh » de l’uelh.

« L » per Pierre Lamalattie « 121 curriculum vitæ pour un tombeau »

‘Tenci’, rire pòt vos far vos ‘trapar los budeus. Segur, a prumiera vuda lu libre sembla escrit d’un punt de vuda de parisien, e, es veraiament un libre parisien. Segur lu tipe es estat persentat per los de « la masqueta e la pluma » coma un amic dau Houellebecq, tant dire lu diable per lu nanocròsme daus jornalistes de gaucha. Segur lu titre es pas joiós-joiós e pertant, tòrne iò dire, rire es bon per la santat.

Perdequè ne’n parlar aüei, dins lu AZ boiradís d’òc ? Au ! ‘Na partida dau libre se passa a Corresa-Corresa * ! V-òc-es, e taspuscre aquí queu bocin dau libre.

Ad-un momint, i a un maridatge chas daus bòbòs de drecha :

[…] À 37 ans, Fred était ingénieur commercial chez Pedilux, une grosse PME aux ambitions mondiales. C’était un type méritant et fier de l’être. Il avait une multitude de copains et il tenait absolument à ce que son mariage fût un gros mariage, un énorme mariage, avec beaucoup de participants. C’est probablement l’unique raison pour laquelle Claire et moi avions été invités, en dépit de nos liens très ténus avec les futurs époux. Frédéric préférait qu’on l’appelle Fred, selon l’usage anglo-saxon des diminutifs en une seule syllabe. Quelques-uns avaient essayé Frédo, mais ça lui paraissait trop long et, surtout, trop provincial. Fred lui convenait bien. C’était opérationnel, moderne, international et « managérial ». Pour Geneviève, il a eu beau chercher, il n’a pas trouvé de contraction convaincante en une seul syllabe, c’est pourquoi elle a dû se contenter d’être appelée Gigi.

[…] Polonais par son père et Portugais par sa mère, Fred tenait avant tout à revendiquer une identité celtique. En effet, il avait vécu son enfance à Vannes. Petit et brun, il était très musclé et extrêmement poilu. Pour son mariage, il avait hésité, puis s’était convaincu que le mieux serait une « destination authentique ». C’est pourquoi son choix s’était porté sur la Dordogne.

[…] Ce n’était donc pas un mariage au sens traditionnel, mais un mariage participatif.

Notre première tâche a été de décharger la voiture de Fred ainsi que celle de son témoin et aide de camp, Dédé. Fred veillait à ce qu’aucune éraflure n’altère l’éclat de son 4×4 noir.

[…] Arriver à s’intégrer à un groupe humain était, pour lui, le point-clé de tout projet éducatif. En fin de compte, Fred était prêt à se donner un mal de chien pour aider chacun d’entre nous à devenir un type comme lui. C’était, au fond, un optimiste.

[…] Fred était hostile aux mariages religieux. De formation résolument scientifique, il se faisait un devoir de faire barrage à toute manifestation d’obscurantisme. Gigi a donc dû se contenter d’un mariage civil. Fred, soucieux de ce que le programme de la journée soit émaillé d’animations, a exigé que le maire de Saint-Paul-l’Ermitage s’exprime en patois occitan. Cependant, la mairie étant très petite, seuls la famille proche et les témoins ont pu pénétrer à l’intérieur. Je suis donc resté à l’extérieur.

[…] Tout à coup, on a entendu des chants en provenance de l’intérieur de la mairie. L’échange des consentements avait sans doute eu lieu. Il s’agissait de chants traditionnels basques, m’a soufflé Anne-Marie. Pourquoi basques ? Peu-importe ! À la sortie de la mairie, on a jeté sur les mariés du riz issu du commerce équitable. Puis des camarades de promo leur ont fait une haie d’honneur, effectuant un salut à la romaine en tendant des calculettes.

[…]

Lu libre conta l’istòria dobla dau tipe, l’una, es la virada daus cincanta ans, l’autra, lu montatge de son erpausici’, los 121 tableus son acompanhats d’un curriculum vitæ**, textonets de persentaci’ clarsemnats dins lu libre.

En défòra de ‘quò, i a los punts de vuda de quauqu’un que pren gaire pus las espinas per las flors. Lu pus pitit besilh de la vita dau jorn au jorn i passa.

Finalament, coneisse pas mai ma vita que la machina per lavar coneis sas pelhas.

Schopenhauer gaita la vita coma la digestion chas las vachas : lu prumier temps es ‘queu de l’amonlonadís, lu segond, ‘queu de la ruminaci’.

[daus impressionistes] Inventeten la pintura « genta ». Clemenceau, aviá mants einuegs, ‘nava far la visita chas son amic Monet, a Giverny. Aquò li fasiá dau ben, au mitan de la boscharia de 14-18, d’encontrar un òme, au mens un, que pensava ad-una sòla chausa : pinturar de las p’itas flors. Es aquò un artiste.

L’ecologia vei-ne’n-quí un [sugier moralisator]. Los moralisators s’i crochetan coma las molas a la rocha. Es pas la fauta au rochier, mas, se vei nonmàs las molas.

[una anciana amija] De que que tu fas aura ? [lu tipe] Dau gràs !

Me fau ‘chabar ‘queu bilhet. Espere que v’autres legiretz lu libre. Sens obludar que dins lu parlar de la mair, dins la linga francèsa, i a ‘na lemosina cachada darrier.

* sens « z », si’us platz.
** un tombeu, dins la musica de l’occident, un tombeu es ‘na faiçon de far de la musica, dins la periòda barròca màs maitot au sègle XX. Ritme lent, meditatiu mesma, quauquas fantasias son per lu descrire.