§10 – Mercredi 5 novembre 2014, le matin

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§10 – Mercredi 5 novembre 2014, le matin

Alain posa le journal sur la table du café pour se lever et saluer l’inspectrice qui arrivait.

— Ne me dites pas que vous m’attendiez si tôt de bonne heure. Cela serait flatteur. Vous êtes mignon, vous savez lire, vous avez un bon travail, assuré même tant que la police n’a pas arrêté tous les criminels, mais, d’un autre côté, être choisie par vous c’est être une prise sur un tableau de chasse, donc un peu morte. Vous ne désirez quand même pas ma mort, Alain ?

— Je vous en pris, nous avons assez d’une morte compliquée comme ceci. Je ne me vois pas encore à votre place, dans un an ou deux, pardon, dans dix ans, mais à condition que les gouvernants ne changent pas encore l’age de la retraite. Plus sérieusement, les collègues d’Angoulême ont retrouvé l’adresse de Maëlina et la voiture qu’elle a prise pour venir à La Rochelle.

— Hé bien, nous allons commander des cafés au litre, ce matin. Racontez.

Une fois les cafés portés, Alain a commencé par expliquer que Maëlina vit bien chez sa mère, la typesse de l’association de protection des requins blancs dans la Charente. Cette femme, dans un premier temps, avait insulté les policiers qui menaient l’enquête. Ils avaient été traités de fascistes, de suppôt du pouvoir, d’agent de l’oppression, comme souvent chez les militants du complot. Mais, une fois calmée, ils avaient réussi à lui dire qu’ils venaient prendre des renseignements sur sa fille. Effet inverse, elle s’était roulé au sol en disant de la prendre elle, que son bébé était innocent, que sa fille est pure. Qu’il fallait la prendre elle.

La crise passée, les policiers comprirent que la mère était sans nouvelle de sa fille depuis son séjour rochelais. Son copain également ne semblait pas en savoir davantage, le dernier contact avait été avant que Maëlina ne se rende à sa soirée d’Halloween. Le copain était fiché au central comme membre d’une organisation qui pourrait porter préjudice à la République.

Au sujet de la voiture, l’affaire avait différente. La mère avait expliqué que sa fille n’utilisait que le service d’APER’0.

—Le quoi, avait interrompu Sylvaine.

— L’APER’0, Auto-partage Électrique Régional Zéro émission, « la » créature de la Dame de Poitiers.

— Plaisantez pas, elle est ministre ou ministresse, personne ne sait comment dire avec des personnes du même acabit qu’elle.

— La soupe était de meilleure qualité… Enfin, la voiture qu’elle avait empruntée n’avait pas été re-empruntée.

— Ça marche pas le système ?

— Si, ça roule même. Très tr-s bien, il n’y a jamais d’autos de libres quand vous en avez besoin.

L’agence de location avait été peu disserte sur l’absence de raisons valables qui avait conduit la voiture à ne pas avoir été empruntée de nouveau. Tout juste un hypothétique branchement mal effectué qui avait mis hors service l’automobile en une demi-heure de temps. Avec les congés, le technicien n’avait pas encore pris le temps de réparer le branchement. Ceci avait été une très bonne chose pour les policiers qui ont eu un accès aux données de l’auto, sa location heure par heure, emprunteur par emprunteur, suivant les différents contrats.

Ainsi, les policiers apprirent que Maëlina avait emprunté la voiture en début d’après-midi à Angoulême. Elle était arrivée à La Rochelle vers 17 heures. Ici, elle avait bloqué la voiture de façon à ce que personne ne puisse l’emprunter.

— C’est permis par le système, suivant les différentes façons de louer la voiture, au mois, ponctuellement ou à l’heure, expliqua Alain.

La voiture avait été de nouveau empruntée à 19 heures pour arriver à la gare à 19 heures 45.

— Anna est arrivée à 19 heures 26, dit Alain. Maëlina avait trop de retard pour la prendre. Pour aller de la gare à l’hôtel, nous avons compté une demi-heure. Ici, avec un quart d’heure d’écart, elle pouvait la rattraper sur le chemin. Sauf, sauf, sauf que l’hôtel n’est pas dans un quartier facile pour circuler en automobile. Il lui a fallu du temps pour circuler. Enfin, avec tout ça, nous avons la certitude que à 20 heures, Maëlina ne pouvait pas être à la fois au volant et dans la chambre.

— Il lui a fallu 3 quarts d’heures pour faire une si petite distance ?

— Soir de fête à La Rochelle, soir d’Halloween, beaucoup de personnes dans la rue, beaucoup de fêtard. Un collègue a été pris dans un embouteillage de cyclistes, c’est dire.

— Humm ! Je commande un second café le temps qu’il éteigne les feux celui-ci.

— Je veux bien, car les révélations ne sont pas terminées.

Et le policier de continuer son histoire.

Maëlina avait eu des problèmes de circulation dans le quartier ancien de La Rochelle, aussi, pour être certaine d’avoir une automobile le lendemain midi. Le système d’auto-partage permettait de bloquer un véhicule ou de la libérer tout en le réservant pour plus tard. La voiture empruntée avait été ainsi réservée, laissant à l’ordinateur central gérer sa disponibilité la nuit durant.

— Donc le samedi, cela veut dire qu’elle comptait passer la nuit à La Rochelle, l’interrompit l’inspectrice.

— Oui, mais la voiture est repartie vers minuit. Et ici, il y a quelque chose de pas très claire. La première tentative pour reprendre le véhicule échoua à cause des détecteurs d’alcoolémie intégrés. Il semblerait que Maëlina ait forcé sur la boisson, et pas sur les glaçons. Par sécurité, le système bloque la carte d’accès pour la voiture, mais également sur tout le réseau de partage, même les vélos, pour 2 heures. C’est là que ça déconne, et le technicien n’avait pas de réponses à nous donner, elle a pu repasser sa carte, entrer son code et réussir à faire partir la voiture.

— J’ai pas tout compris de l’histoire de la carte mais continuez.

— Pour utiliser le système, il faut une carte, un code d’accès et être à jeun. Ici, après une détection positive à l’alcool, le système semble s’être remis à zéro en moins de 2 minutes. Probablement un bug.

— Peut-être une seconde personne, avec une carte et un autre code.

— Non, par sécurité, la voiture aussi est bloquée, moins longtemps, mais elle est aussi bloquée. Et puis, l’identification est celle de Maëlina. Mais encore plus, en dehors des histoires de cartes et de code, les sièges de la voiture ont parlé. Il y avait des traces de whisky, des cheveux bruns, du cognac, et, c’est à confirmer, sur le siège conducteur, des cheveux blonds, mais qui très vite, ont semblé être tombé d’une perruque. Tout est à la scientifique pour les compléments d’analyse.

— Une perruque. Un conducteur avec une perruque, ou une brune qui met une perruque pour passer les filtres de vidéosurveillance ?

— Exactement !

Sylvaine prit son carnet dans sa poche. L’ouvrit et traça une ligne de temps.

— Une femme avec une perruque, mais cela ne semble pas être Maëlina, sauf à ce qu’elle ait prêté sa carte, un homme avec une perruque, peut-être un complice du Christian Labecqua, enfin, une personne avec une perruque arrive à 19 heures. La personne avec une perruque tue Anna Fontanilhas. Maëlina, ou la personne avec sa carte, arrive vers 20 heures 15. La personne emperruquée la menace, la force à la suivre, prévient un complice.

— Trois grandes lignes de réflexion.

— Je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que nous sommes dans l’erreur. Pourquoi la personne avec la perruque n’a pas tué Maëlina à l’hôtel ? Où est-elle ? Si cela se trouve, c’est un détraqué et cette pauvre Anna Labecqua s’est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, rien de plus.

Alain, lui se proposait de retourner interroger Christian Labecque avec les nouveaux éléments de l’enquête. Connaissait-il Maëlina Campanys, sait-il se servir du système d’auto-partage.

Sylvaine continuait de dire « nous sommes dans l’erreur. Labecque en buvant sa limonade devant nous ne semblait pas avoir fait la fête dans la nuit » et à voix haute.

— En parlant de limonade, le capuchon que vous avez ramassé dans la chambre avait des traces de limonade sèche, parfumée au melon même, mais il contenait aussi des traces d’eau.

Alain venait de sortir son portable. L’écran s’illuminait d’un message, le message illuminait son visage.

— Il est 9 heures, je prends ma journée.

— Allez-y. Comme il y a grève des trains, je suis certaine que vous n’irez ni à Paris, ni à Lyon pour vous faire tuer par un mari jaloux. Prenez votre journée, mais demain, soyez présent au poste.