Ussèl – Montluçon — Julien Dupoux

Ussèl-Montluçon « mémoire sur la ligne de chemin de fer » dau Julien Dupoux, per balhar lu titre dins son entier.

N’en 2008, la linha dau chamin de fer dintre Ussèl e Montluçon es per estre barrada, definitivament, per totjorn, per tot jamai… e ‘queu libre ne’n es ‘na cridada, ‘na cridada bela.

Lu libre es pas lu raconte d’un viatge, garas apres estaci’s ; sem pas dins la lineäritat d’una linha de tren. Luenh d’aquí.

Lu libre es un boiradís, dins un sens positiu, daus remembres d’un viatjor, un d’aquilhs viatjors que porrián ne’n contar sus totas las linhas apres barrar.

[…] C’est étrange, un train qui meurt. C’est le silence. C’est un mastodonte qui s’écroule et pourtant, c’est à peine – à peine – si on le voit. Les gens s’étaient habitués à ne plus se servir du train.

Le train est mort comme un vieil éléphant. Il est mort à petit feu, comme si cela était dans l’ordre des choses. Il s’en est allé à son cimetière parce que c’était son jour, son heure, et qu’il ne devait plus gêner la communauté.

Mort le train, mort ce petit trajet que je faisais pour rentrer à la maison. Mortes les falaises dynamitées, mort le viaduc de la Tardes, morts les passages entre les champs. Je vous reparlerai du viaduc de la Tardes, mais pour le moment, je le pleure. […]

Lu raconte se fai coma un cicle, o beleu, coma la roda que balha lu lanç a la locomotiva. V-òc-es, lu tragier es balhat una vetz, doas vetz, tres vetz, per i mielhs tornar, per parlar d’un bocin de vita obludat ne’n chamin.

Qu’es maitot un libre de colèra, d’una enmaliciada freda. Aquela colèra es farjada de tristessa d’un chause que sera pus, boirat dau ressentit de poder res far contra ‘quela disparici’.

[…] Disparu le train est mort, mort le train. Disparu. La SNCF s’est désolidarisée du train et l’état va se désolidariser de la SNCF. Et chacun, humble cellule inactive, ira s’allonger loin du monde. Adieu au train : le train est mort. Morte la ligne de chemin de fer. Touchez-la, elle est froide, froide de ne plus servir, tendez l’oreille, elle ne respire plus. Plus d’organe distillant le sang, plus d’aller-retour, plus de cœur. Seules les herbes poussent encore, non tondues. Elles s’emparent du rail comme elles peuvent. […]

Tant iò dire aquí, lu libre es pas de trobar dins las librairias, eu es pas estat fach per aquò. Es un libre fòrt ben escrich.

I a de la colèra, mas, i a maitot de la poësia. E per ‘na lau ad un chamin de fer, ne’n fau de la poësia, beucop.

[…] Je ne voudrais pas qu’il soit seul, le train.

Mais je meurs seul comme lui et demain je serai tout seul à être mort au milieu des vivants.

Et les ronces poussent, et les roses fleurissent et les chemins que j’ai empruntés se couvrent d’herbe et les horloges que j’ai regardées se couvrent de voiles. Je serai aussi léger et mort demain que j’étais lourd et vivant hier. Et dans la brume, debout et immobile, dans la brume il me semble que j’entends le train.

Le 12 avril 2008.

Per ò dire tot emb-d’una, qu’es un libre delpastrian.

‑!‑

Sur l’autor, veiquí daus articles tirats dau jornau :

 

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2 réflexions sur “Ussèl – Montluçon — Julien Dupoux

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