Ulysse.

Veiquí la virada francofòna dau haibun escrich sus ‘queu paubre Ulisse (>lm).

Seul sur son tandem, Ulysse pédalait sur la route des congés.

Il y mettait du sien, l’Ulysse, pour gagner la côte, autant que lors des journées de grève en ce printemps 36. La fête allait-elle durer ? Qui sait ? Ne dit-on pas qu’il en va d’une mer d’huile comme d’une femme fardée, courte durée.
Les femmes, justement, étaient le talon d’Achille de notre Ulysse. Après le refus de la sorcière de la comptabilité, il avait invité la petite Ariane de l’atelier filage au bal de la Saint Jean. Elle avait dit oui le temps d’une java mais pas plus. Et celle-ci, pas question de la faire monter sur un tandem. La machine lui faisait peur avec ce guidon en forme de corne.
Ha ! Le tandem ! Relique des premières noces d’Ulysse. Il ne voulait en rien s’en séparer. Il y voyait le canevas de son amour : deux têtes, une direction. Même si, pour l’instant, d’aventure il n’y a point…

Seul sur son tandem, sans équipage pour le seconder, Ulysse souhaitait relier les plaines de Beauce à la plage de la Baule.

L’ombre du tandem
Dans la mer blonde des blés
Double le vélo.

Dans cette épopée estivale, il avait été décidé que la seconde place du tandem demeurerait libre pour qui irait dans la même direction que le capitaine.
À une vingtaine de kilomètre de la mer, il rencontra sur le bas-côté une jeune fille ravissante. Quoique étrangement vêtue d’une longue robe de franges vertes, il n’hésita pas à lui proposer la place libre. Se dirigeant vers le même endroit, elle monta sans minauder derrière le robuste gaillard.
L’équipée cyclopédesque s’arrêta devant l’auberge, à l’entrée du village côtier. Ulysse salua sa compagne, cette dernière le remercia également.
Son tandem attaché à une clôture, Ulysse partit à la recherche d’une cabine de plage libre. Après tout, Il était là pour le soleil, le ciel bleu, la mer et un peu de repos.
Après avoir déposé quelques affaires devant une cabine un peu en retrait du reste de la plage, alors qu’il se dirigeait vers son vélo, sa passagère lui barra la route et dit :
– Ceci est ma cabine, sachez le monsieur.
Ulysse était éberlué.
– Mais, mais, mais, je viens de vous déposer à l’auberge…
– Je ne vous ai encore jamais vu ici ! C’est ma cabine.
– Mais, mais, mais, répondit Ulysse perdu, je viens de vous déposer au village. Et comment dire, cette cabine n’est pas la seule de libre. Je voulais y… mes affaires… protéger le tandem… vous savez, le tandem, vous êtes montée dessus ce matin.
– C’est ma cabine et je ne vous connais pas monsieur.
Ulysse était furibard mais ne le montra pas. Il commença à ramasser ses affaires devant la jeune fille. Un léger souffle marin faisait voleter les franges de sa robe.
– Je vous la laisse de bon cœur. Je n’étais pas encore entré dedans… je vous la laisse intacte.
– Vous auriez pu y rentrer…
– Mais… je ne l’ai pas fait vous-dis-je. Décidément, vous étiez plus agréable co-équipière que voisine de plage. Mais comment diable avez-vous fait pour venir aussi vite du village à la plage.
Ulysse était furieux d’autant plus que la jeune fille ne semblait pas vouloir répondre à ses questions. Assise sur un petit rocher, elle se mit à chanter. Elle chanta avec une voix fort mélodieuse que notre Ulysse qui n’y connaissait grand rien qualifia « d’opéra ». C’était un de ces chants savants qui parlent d’amours anciennes.

Tristan & Iseult
Filtres et sorcelleries
Mis’à mort d’amour.

Oh ! Vivre d’amour.
Roméo & Juliette :
Empoisonnement !

Notre héros voulait partir, cette jeune fille ne lui inspirait pas confiance. Il désirait prendre son tandem, ses affaires et s’éloigner un peu. Le soleil n‘était pas des plus chauds, encore, et il se serait bien mis à l’ombre un moment.
– Vous partez ? Seriez-vous fâché ? Dit la jeune fille d’une voix douce.
– Non, j’allais chercher de quoi me restaurer. J’ai… j’ai à boire dans une des sacoches restées sur mon vélo.
– Venez vous rafraîchir dans ma cabine, sembla siffler la voix suave.
– Mais, enfin… Ulysse fulminait, tout à l’heure…
Étrangement, il ne se sentait plus la force de résister à cette mélodieuse invitation.
– Fermez les yeux et laissez-vous guider par ma chanson. Bien ! Comme ceci !
Ulysse ferma les yeux, écouta la voix et suivi les pas de la jeune fille dans le sable fin.
Au début ses pieds étaient comme caressés par les franges de la robe de sa guide, mais très vite, elles furent des milliers à l’entourer, des franges devenues lanières qui le lièrent et le tirèrent dans la cabine.
L’intérieur lui sembla gigantesque, aussi haut que la tour d’Eiffel, ce phare qu’il avait aperçu une fois sur une carte postale. Il ne vit ni une, ni deux, mais bien une centaine de ces jeunes filles semblables à la jeune fille qu’il avait pris en vélo-stop le matin. Toutes chantaient en chœur au milieu des coquillages et des crustacés, dans cette cabine aux reflets d’argent. Le spectacle était féerique mais Ulysse n’était pas des plus rassurés face à cette armada féminine.
Il voulait, il lui fallait fuir.
Une des créatures vînt alors devant lui et dégrafa son corsage. À cet instant précis, Ulysse réalisant qu’elle n’avait pas de jambe, hurla comma la sirène incendie de la manufacture. La créature prit alors la tête de notre héros et la posa entre ses seins. Se retirant, il tenta d’ouvrir la bouche pour hurler de nouveaux, mais il se rendit alors compte que des bulles d’air s’échappaient de sa gorge. Il était sous l’eau.
Quel prodige était ce ? Comment était-il passé de dessus la plage à dessous l’océan profond ? Allait-il se noyer ?

* * *

La clepsydre indiquait environ deux heures du matin. La jeune Psyché secoua l’homme agité sur sa litière.
– Calme-toi Homère, tu vas réveiller Lily-Anne, notre enfant.
– J’ai fait un cauchemar, demain, je te le raconterai.

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